A la Une Interview Le Burkina Numérique

Lassina Bamba, Président de la fondation Kamalpha, « Kamalpha constitue la voie de l’avenir en éducation »

L’enseignement numérique, c’est ce que prône la fondation Kamalpha en mettant en place son système éducatif Kamalpha. Nous avons rencontré le Président de la fondation, Lassina Bamba pour découvrir un peu plus sur la fondation et le système éducatif proposé.

TIC MAGAZINE BF : Pouvez-vous nous présenter la Fondation Kamalpha ?

LB : Je vais d’abord vous parler de l’Association Kamalpha créée en 2012. C’est une association humanitaire sans but lucratif dont l’objectif global est d’alphabétiser et scolariser les femmes, les filles et la jeunesse du pays pour une meilleure prise en charge de leur vie.

Kamalpha vise à offrir l’équité dans l’éducation. Les élèves des villages tout comme ceux des villes pourront recevoir la même qualité d’enseignement.

Nous sommes convaincus que seule l’éducation peut venir à bout de la pauvreté et de la maladie ; et seule l’éducation peut permettre à un pays de prendre son essor économiquement parlant.

La Fondation Kamalpha, prit naissance en 2017, sans but lucratif au Québec, Canada. Cette Fondation fut créée dans le but de venir en aide et d’appuyer l’Association Kamalpha en partageant les mêmes objectifs et en apportant un cadre plus sécuritaire pour les donateurs.

TM : Qu’est-ce que le Système Éducatif Kamalpha (SÉK)?

LB : C’est une nouvelle démarche dans le processus d’acquisition de toutes les matières académiques prévues au primaire dans un premier temps.

Les premiers enseignements se font par ordinateur et sont consolidés par un enseignant dans un deuxième temps.

Un des premiers fondements du SÉK est que le rythme de l’élève est respecté. Ce qui a pour résultat que l’élève devient rapidement conscient qu’il est au cœur de ses apprentissages. C’est un aspect majeur très puissant dans sa motivation.

Du côté de l’organisme responsable de la scolarisation, grâce au Système Éducatif Kamalpha, elle sera toujours en mesure d’influencer, vérifier, modifier, superviser, évaluer et contrôler le savoir enseigné.

 Le SÉK c’est l’école du 21e siècle

Dans une classe, où chaque élève apprend à son rythme, il est difficile pour l’enseignant de jouer un rôle de « premier intervenant » dans ce processus d’enseignement. Par conséquent, son rôle est de superviser la progression et l’évolution de chacun de ses élèves en veillant à ce qu’ils aient tous la possibilité de bénéficier de cette nouvelle approche. Et, finalement, il intervient auprès de chacun dans le but de consolider les différents apprentissages et de s’assurer que tous les élèves ont bien compris les matières enseignées.

La combinaison de l’efficacité de l’ordinateur et le travail de l’enseignant permettront de réaliser une « scolarisation basée sur l’individu ». Aujourd’hui, il est temps de faire évoluer nos paradigmes et de jeter un regard neuf sur les processus d’enseignement et d’acquisition des matières académiques.

TM : Que peuvent être les apports d’un tel système à l’éducation au Burkina Faso ?

LB : Les indices nationaux liés à l’éducation n’ont pas démontré d’amélioration sensible depuis l’indépendance du pays en 1960. Mais à cette question nous allons laisser le gouvernement du pays répondre.

Le pays a signé des ententes internationales sur des objectifs précis dont faisait partie l’Éducation :

  • Dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), L’échéance était en 2015 et ceux-ci n’ont pas été rencontrés.
  • Dans le Programme de Développement Stratégique de l’Éducation de Base (PDSEB) de 2012-2021 dans l’aspect des TICs
    Ces objectifs n’ont pas jusqu’à maintenant été respectés et rien ne nous laisse croire que l’on pourra les atteindre d’ici 2021.
  • Dans l’Objectif n*4 de Développement Durable (ODD) prévu pour 2030

« Obtenir une éducation de qualité est le fondement pour améliorer la vie des gens et le développement durable. »
Là aussi aucun outil à ce jour dans les secteurs de l’éducation formelle et non formelle n’a été mis en place pour le rencontrer.

  • Dans la Planification de la « cyberstratégie » sectorielle « e-éducation » mise en place par le Gouvernement, qui a pour principale ambition de mettre les technologies de l’information et de la communication (TIC) au service des missions du système éducatif. On apprécie les efforts du ministère à vouloir mettre en place au niveau des universités des outils technologiques qui sont liés plus spécifiquement à la recherche. Malgré le peu de budgets qui leur sont accordés, bon nombre d’acteurs se sont formés et ont contribué à créer des contenus intéressants.

Seulement les Universités de Ouagadougou et celle de Bobo-Dioulasso ont mis en place une telle stratégie. Rien n’a été fait au primaire ni au secondaire pour atteindre cet objectif. Et tout est basé sur l’utilisation d’Internet, ce qui écarte les écoles des régions éloignées.

À ce rythme, il est impensable de croire que des avancés importants pouvant influencer l’éducation à travers tout le pays pourront un jour apparaître dans les écoles primaires et secondaires, car l’approche proposée par le ministère est ni plus ni moins qu’une copie de ce que les autres universités dans le monde ont déjà réalisé.

Même si celles-ci ont apporté des solutions intéressantes, elles n’ont rien véhiculé de nouveau au secteur de l’éducation formelle et non formelle. C’est comme si on essayait de changer les composantes du mil une fois qu’il a atteint sa maturité. Au lieu de commencer par la fin, essayons donc de commencer par le début.

Si on veut véritablement améliorer l’éducation du pays, on ne doit pas suivre l’exemple des sociétés industrialisées en suivant les mêmes étapes, sachant que toutes sont à la recherche de nouvelles façons de faire en éducation. Au contraire, il faut viser à instaurer immédiatement des solutions d’avant-garde et construire sur des principes nouveaux.

  • Dans cette même loi où il est dit :
    « D’explorer les possibilités que peuvent offrir les TIC en matière d’éducation, notamment l’accès aux savoirs et à la recherche».
    À Kamalpha, nous avons réalisé cet objectif au niveau des savoirs et tous les représentants des différents paliers gouvernementaux qui sont venus nous visiter ont confirmé nos réalisations.

Si l’utilisation de nouveaux moyens d’enseignement et l’intégration de l’ordinateur en éducation sont si importantes pour le gouvernement au point que l’on signe des ententes internationales et qu’on les intègre dans des lois liées à l’Éducation, cela démontre que le pays reconnaît ces nouveaux outils d’enseignement comme d’une extrême importance donc, qu’ils sont d’un apport plus qu’important pour le pays.

Sur le site de Kamalpha, il est possible d’avoir plus d’informations.

Nous travaillons à relever le système éducatif burkinabè dans son ensemble pour qu’il devienne un levier du développement économique et social du pays et, avec Kamalpha, le sentiment indubitable de participer à ces développements est très présent.

 TM : Vous parlez d’une éducation pour tous avec ce système, mais au regard de nos conditions et avec les coûts des ordinateurs, est-ce que cela sera possible ?

LB : L’informatisation, des +/- 24 400 écoles autant privées que publiques que l’on retrouve au pays, ne se fera pas en une année. D’ailleurs, Kamalpha a remis au gouvernement en septembre 2017 une stratégie bien précise sur la façon de procéder à cette réforme scolaire qui touche autant le secteur privé que celui du public. Entre autres, la réforme proposée par Kamalpha ne prévoit pas un ordinateur par élève, mais un ordinateur pour 4 élèves, car le système prévoit des sessions de 2 heures par élève sur ordinateur. Ce qui permet d’énormes économies d’échelle.

Les pays qui exploitent présentement le sol et le sous-sol du Burkina Faso donnent chaque année des millions de dollars et d’euros pour l’éducation. Il faut utiliser ces argents pour débuter la réforme scolaire.

Ces mêmes pays souhaitent depuis des années que le Burkina Faso se développe et améliore son système d’éducation. S’ils se rendent compte de l’effort que l’on met dans le renouveau de ce système, ils seront portés à augmenter leurs investissements puisque tous ces pays déclarent vouloir aider le Burkina Faso.

Nous estimons entre 15 et 20 ans le temps nécessaire pour changer le système à travers tout le pays, mais dès les cinq premières années, déjà les retombés positives vont se faire sentir.

La croissance économique va aller de pair avec l’évolution de la réforme. Tous les mécanismes économiques vont croître et vont apporter des argents supplémentaires afin que cette réforme s’accélère de plus en plus.

Seul le système d’éducation d’un pays permet à celui-ci de se développer. Si ce système ne se développe pas…le pays ne se développe pas.

Beaucoup d’argent est réservé actuellement pour la construction d’écoles. Il faut aussi investir de façon urgente sur le système d’éducation.

Le gouvernement lui-même l’admet de façon indirecte puisqu’il inclut dans sa loi l’importance d’améliorer son système d’éducation en faisant intervenir les TICs.

TM : Comment se passe votre relation avec le MENA ?

LB : On va dire au jour d’aujourd’hui que la Fondation Kamalpha et le MENA sont dans de bonnes dispositions, dans une vision partagée pour améliorer les indicateurs de l’éducation du pays. En témoigne le récent discours, par la plus haute autorité éducative des Hauts-Bassins soit le Directeur Régional de l’éducation Préscolaire Primaire et non Formelle des Haut-Bassins, à l’occasion de la clôture de l’année scolaire 2019. Pendant cette cérémonie, le représentant du Parrain, M. P. Évariste Yéhoun Inspecteur de l’enseignement du 1er degré a déclaré et je cite : « Le MENA ayant reconnu l’apport du système Kamalpha, travaillera dès la prochaine rentrée scolaire à rendre fonctionnelle une cantine scolaire pour faciliter la vie aux apprenants ».

La bonne santé de nos relations avec le MENA peut aussi se justifier à travers notre convention de 2016. Cette convention est un acte solennel de vision partagée entre Kamalpha et le MENA. Il y a assez d’exemples qui montrent qu’il n’y a aucune opposition de vision entre nos deux structures.

Sauf que chez nous à Kamalpha, nous estimons que le MENA n’avance pas à un rythme qui caractérise l’urgence de la situation. À Kamalpha, nous considérons la situation du système éducatif du pays comme une urgence de premier degré. Le pays est confronté à des sommes de difficultés qui ont un et un seul dénominateur commun, c’est l’illettrisme de près de 80% de ses masses laborieuses.

Il n’y a aucune solution pour résoudre des questions de santé, de production agricole, de gouvernance sans qu’il n’y ait à la base une éducation de qualité.

La façon de gérer le système éducatif depuis des décennies de manière classique montre ses failles d’année en année. Kamalpha a fait de cette réalité son challenge et sa raison d’être en étant disponible dans une franche collaboration qui a amené le président de Kamalpha à animer plusieurs conférences et autres panels visant à fournir des renseignements sur les vertus de la solution Kamalpha. Plus de mille personnes en qualité d’inspecteurs, enseignants et directeurs d’écoles rencontrés à Bobo-Dioulasso, Koudougou et Ouagadougou ont été touchés par les possibilités qu’offrent le système de Kamalpha.

Notre ONG est engagée à fond pour les questions de l’éducation du pays, mais a comme l’impression qu’en face, les interlocuteurs ne sont pas alignés dans cette même urgence catégorique. C’est à ce seul niveau que nous sommes en déphasage avec le MENA. Nous espérons vivement que le MENA changera de cap, pour s’inscrire dans un pragmatisme qui rapprochera de ses objectifs et engagements en lien avec les ODD et toutes les autres orientations inscrites dans les lois d’orientations de l’éducation.

Les élèves en apprentissage

TM : L’apprentissage par ordinateurs, est-ce qu’il n’y a pas un risque à exposer les enfants à ces outils très tôt ?

LB : À Kamalpha, l’élève est devant son écran d’ordinateur pour une durée maximale de deux heures par jour. Ce qui n’a rien à voir avec les enfants qui sont laissés à eux-mêmes et qui passent beaucoup plus d’heures par jour devant la télévision, l’ordinateur ou la tablette.

Nous nous basons sur les résultats de plusieurs études qui ont démontré que l’utilisation raisonnable de ces nouveaux équipements n’a rien de dangereux sur la santé mentale des enfants, au contraire.

À Kamalpha, les enfants qui avaient au départ un comportement perturbateur, se sont calmés et sont devenus d’excellents élèves avec une attention bien ciblée.

TM : Est-ce qu’on peut avoir accès au système Kamalpha même si on n’est pas inscrit à l’école Kamalpha ? Si oui quelles sont les conditions ?

LB : Effectivement, il est possible pour les familles de se procurer la version « familiale » du système Kamalpha. Cette version fonctionne sur ordinateur. Ce système peut être utilisé pour consolider les apprentissages des enfants de la famille qui vont à l’école. Vous y retrouvez tous les concepts du CP1 jusqu’au CM2. Vous pouvez vous procurer cette version si votre ordinateur possède la configuration minimale voulue. Le plus simple est de contacter M. Drissa BARRO au +226 76 16 43 45. Il vous informera sur les différentes possibilités qui s’offriront à vous.

Il est possible également pour les écoles privées de se procurer le système Kamalpha. Deux versions sont possibles : soit une installation au niveau d’un laboratoire informatique, si celui-ci existe déjà dans votre école, soit d’ouvrir une ou plusieurs classes du même type que celle de Kamalpha. Dans tous les cas, il vaut mieux communiquer avec M. Lassina BAMBA au +226 70 31 89 43. Il analysera avec vous les différentes possibilités.

TM : Votre mot de la fin ?

LB : C’est le vœu ardent que la population du Pays, qui est dans une situation défavorisée sur bien des plans, à pouvoir retrouver de la sérénité dans l’avenir de sa jeunesse. Une jeunesse qui choisit aujourd’hui de s’expatrier en priorité pour trouver le bonheur ailleurs.

Cette situation est indiquée par des sources d’enquête dignes de foi qui indiquent que les jeunes à 65 % souhaitent partir du pays pour aller se trouver un mieux-être ailleurs.

Nous souhaitons mettre à la disposition du pays la méthode Kamalpha qui travaillera en profondeur sur l’accessibilité et la qualité du système éducatif tout en valorisant le métier de l’enseignant. Cette roue de capacité mettra en mouvement en toute responsabilité des secteurs vitaux. C’est la seule condition d’un début d’amorçage de développement.

D’autres pays ont par le passé radicalement modifié la manière de voir l’éducation. Aujourd’hui, ses pays sont dans une émergence, je veux parler de la Corée, tout près de nous le Rwanda, qui est en train de donner de véritables leçons de révolution éducative. Ce dernier exemple sur le Rwanda doit nous convaincre que si le pays adhère entièrement au système Kamalpha, la situation du pays changera sans nul doute.

Kamalpha constitue la voie de l’avenir en éducation. Les techniques de l’informatique, avec des solutions novatrices, vont indéniablement améliorer non seulement la façon d’enseigner, mais aussi faciliter la réception des apprentissages. La diversité des programmes, l’équité à l’échelle nationale, voire internationale, l’aspect ludique (qui séduit les apprenants jeunes et moins jeunes), le respect du rythme de chacun, les horaires flexibles (donnant accès aux déscolarisés et aux analphabètes) et les formations professionnelles ou spécialisations constituent la panoplie des possibilités qu’offre Kamalpha. Ce revirement est inévitable. Ce n’est qu’une question de temps.

Merci à votre Magazine de donner l’opportunité à notre Fondation d’apporter quelques informations sur son savoir-faire qui est unique sur le continent africain, et de susciter des appuis institutionnels du Ministère et d’autres institutions.

TIC MAGAZINE BF

 

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1 commentaire

HUGBEKE T. A. 9 juillet 2019 at 20 h 24 min

Initiative très intelligente et fort louable pour nos pays car l’éducation est la mère de toutes les batailles.

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