Comment taxer une économie qui se déplace de plus en plus sur le téléphone ? Face à des budgets sous tension, plusieurs États africains ont trouvé une réponse : prélever une part des transactions de mobile money. Une source de recettes tentante, mais qui se heurte à un objectif tout aussi important, l’inclusion financière.
Pourquoi les États s’y intéressent
Le mobile money brasse des sommes considérables, souvent en dehors du circuit bancaire classique et donc difficiles à taxer par les voies habituelles. Pour des gouvernements à la recherche de recettes, et dont une large part de l’activité économique reste informelle, ces flux représentent une base fiscale séduisante. L’idée est simple : prélever un petit pourcentage sur chaque transfert ou retrait, appliqué à des millions d’opérations quotidiennes.
Des expériences contrastées
Plusieurs pays ont franchi le pas. L’Ouganda a instauré dès 2018 une taxe sur les transactions de mobile money, avant de la revoir à la baisse face à la contestation. Le Ghana a introduit en 2022 une taxe sur les transferts électroniques, l’E-Levy, vivement critiquée puis allégée par la suite. D’autres États, en Afrique de l’Ouest comme en Afrique centrale, ont adopté ou étudié des dispositifs comparables. À chaque fois, le même scénario se répète : l’annonce suscite un débat vif, parfois des manifestations, et un effet mesurable sur les usages.
Le risque pour l’inclusion financière
C’est là que le bât blesse. Le mobile money a justement permis à des millions de personnes modestes, éloignées des banques, d’accéder à des services financiers. Taxer chaque transaction revient à renchérir l’outil pour ceux qui en ont le plus besoin. Dans plusieurs cas, les volumes de transactions ont reculé après l’entrée en vigueur de la taxe, certains usagers revenant au liquide pour l’éviter. Le gain fiscal immédiat peut ainsi se payer d’un recul de la numérisation et de l’inclusion, deux priorités que nous évoquons dans notre article sur la digitalisation des paiements comme passerelle vers l’inclusion financière.
Trouver le bon équilibre
Tout se joue sur le dosage. Une taxe trop lourde décourage l’usage et tarit la base qu’elle prétend exploiter. Un seuil d’exonération pour les petits montants, des taux mesurés et une concertation avec les opérateurs et les usagers peuvent limiter les dégâts. La question rejoint les arbitrages de régulation que doivent gérer les acteurs du secteur, parmi les défis des fintechs africaines.
La taxation du mobile money résume une tension de fond : l’État a besoin de ressources, mais la machine de l’inclusion financière reste fragile. Trouver l’équilibre entre les deux conditionnera, en partie, la suite de la révolution des paiements sur le continent. Pour le tableau d’ensemble, voir notre guide sur la fintech et les paiements mobiles en Afrique.
